L’engouement suscité par Bitcoin semble avoir donné un regain de souffle em- pirique à la proposition de concurrence entre monnaies privées défendue par Friedrich Hayek. A partir d’archives situées à la confluence de l’économie et des sciences informatiques, nous mettons en évidence une inspiration hayékienne explicite dans les réseaux militants ayant per- mis l’émergence de Bitcoin. Pourtant, cette filiation semble s’apparenter davantage à une jus- tification théorique ex post qu’à l’application fidèle des perspectives monétaires hayékiennes. En effet, (i) Bitcoin élimine les coûts de la confiance envers les intermédiaires par la rigidité technique, là où Hayek préconisait de déplacer la confiance vers la concurrence de marché. Bitcoin adopte ainsi (ii) une règle d’or monétaire, à rebours de l’endogénéité souhaitée par Hayek, pour qui l’offre de monnaie doit demeurer flexible. A l’instar de l’étalon-or, cela im- plique pour Bitcoin une sensibilité élevée aux chocs de demande : (iii) en confondant valeur et pouvoir d’achat, Bitcoin ferait primer le motif de thésaurisation au détriment du motif transactionnel, fonction pourtant la plus importante chez l’économiste Autrichien. Enfin, nous proposons une analyse du marché cryptomonétaire à l’aune des propriétés de la concur- rence monétaire hayékienne, éliminant les « mauvaises monnaies » au profit des plus dignes de confiance.